Homélie du Cardinal Marc Ouellet à l’occasion de la profession perpétuelle des Missionnaires de la Charité | 23 mai 2026 – Rome
Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés, Demeurez dans mon amour
Chères missionnaires de la charité, Chers amis,
En ce jour merveilleux de leurs vœux perpétuels, nos sœurs missionnaires de la charité incarnent les paroles du psaume que nous venons de chanter : Écoute, ma fille! Regarde et tends l’oreille; oublie ton peuple et ta famille; que le roi s’éprenne de ta beauté! C’est lui ton Seigneur, prosterne-toi devant lui. Quel beau chant d’amour que ce psaume de David qui exalte le plus beau des hommes et qui contemple la fille de roi comme l’élue de son cœur : Majestueuse, la fille de roi est à l’intérieur en robe brochée d’or. Parée de mille couleurs, elle est menée vers le roi; ces filles ont tout quitté pour l’amour du roi et elles reçoivent en retour cette promesse : tes fils remplaceront tes pères, tu en feras des princes sur toute la terre; elles savent qu’elles ne seront pas stériles, elles seront comblées de joie par leur fécondité.
Chères missionnaires de la charité, chères épouses du Roi des rois, comme vous êtes majestueuses dans votre humilité et votre pauvreté, car l’appel de Dieu vous a donné pour seule richesse l’Amour, l’Amour du Cœur assoiffé de Jésus. Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans mon amour; vous avez entendu cette parole au fond de votre cœur et vous y avez cru. La foi en l’Amour est devenue votre passion, votre carte d’identité comme citoyenne du Royaume, votre passe partout à toutes les frontières de ce monde. Par votre foi en l’Amour, vous êtes admises comme épouses au palais royal afin de régner avec l’Époux qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix, qui s’est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté.
Aujourd’hui, vous confirmez définitivement votre « oui » à Celui qui vous a choisies pour demeurer avec lui dans Son Amour et pour attirer dans cette demeure les plus pauvres d’entre les pauvres. Comme votre mère, sainte Teresa de Calcutta, vous avez entendu l’appel de Jésus assoiffé d’amour et des âmes, et vous ne voulez rien lui refuser. Sa soif d’amour résonne chaque jour dans votre cœur d’épouse et vous voulez seulement étancher sa soif en aimant et secourant les plus pauvres d’entre les pauvres. Voilà les termes de vos épousailles avec le Roi des rois.
Alors très chères sœurs, comment allez-vous faire pour tenir une telle vocation et une telle mission? Il ne s’agit pas d’une petite aventure sentimentale, d’un mariage à l’essai en quelque sorte; il s’agit d’un grand saut au-dessus de l’abîme de votre petitesse. Prenez conscience encore une fois du défi d’une telle vocation et des ressources nécessaires pour réussir cette aventure d’amour au service des pauvres. Le premier contact que nous avons eu m’a informé que parmi le groupe de 12 que vous formez il y a une Brésilienne, trois Indiennes, une Française, une Libanaise, une Polonaise, deux du Kenya, une des Philippines et du Rwanda. Quatre continents se trouvent représentés aujourd’hui dans la célébration d’un charisme qui n’a plus à démontrer son universalité. Mais au-delà de ces données sociologiques, dites-nous comment vous êtes arrivés ici et à ce moment de votre histoire personnelle et communautaire? Vos racines culturelles et votre famille ont certainement joué un rôle de préparation à votre vocation mais le facteur décisif est venu d’ailleurs et d’en haut, bref, de la Grâce. Le Père éternel a posé sur vous son regard, par pure gratuité d’amour et de miséricorde. Il vous a fait signe par Jésus, Jésus crucifié, dont vous ne pouvez oublier les dernières confidences d’amour. Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans mon amour. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous produisiez du fruit et que votre fruit demeure.
Vous avez été conduits jusqu’ici par la grâce, vous comptez sur la grâce pour l’avenir et sur la force de la prière, non sur vos propres forces; c’est pourquoi vous allez de l’avant avec confiance, vers le Royaume où sont engrangés les fruits de la charité. Au soir de la vie nous serons jugés sur l’amour, écrit Saint Jean de la Croix, paraphrasant l’évangile de Matthieu 25. Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous l’avez fait; et ce que vous n’avez pas fait aux plus pauvres, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. Lors du jugement, nous pleurerons surtout nos omissions, tout le bien que nous avons omis de faire. Vu notre indifférence, nos négligences et nos passions coupables, il y a de quoi s’inquiéter. Mais là, nous serons secourus par les Missionnaires de la charité qui auront fait des réserves de bonnes œuvres et qui nous aideront généreusement à passer l’examen.
Par bonheur, les missionnaires de la charité courent devant nous, elles sont rapides et très alertes car leur pauvreté absolue les rend légères; leurs relations virginales avec tous et toutes les empêchent de s’attarder sur la route à des affections douteuses; le détachement de leur volonté propre les rend souples et disponibles à toute mission et à tout changement d’adresse, de culture et de milieu. Quelle liberté leur donne la vie évangélique de virginité, pauvreté et obéissance! Comme elles sont allégées de bien des soucis pour ne penser qu’à l’unique nécessaire : l’Amour du plus Pauvre d’entre les pauvres!
Jésus a posé son regard sur chacune d’elles et sans parole elles ont compris qu’Il désirait leur Amour exclusif et définitif. Elles redisent aujourd’hui leur « oui » une fois pour toutes! Un oui débordant de joie qui est une pure folie aux yeux du monde. Un oui toutefois qui force le respect, même des incroyants, car il fait une différence pour tant de pauvres qui peuplent les rues de nos grandes métropoles. En tous ces pauvres elles aimeront le Pauvre par excellence, le Crucifié vivant en eux et mendiant notre amour. Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans mon amour.
Chères missionnaires de la charité, merci de nous devancer dans la course au Royaume et de nous entraîner sur les pas de l’Époux de votre amour. Nous comptons sur vous car nous savons que vous n’accumulerez pas les mérites pour vous-mêmes mais pour les distribuer au tout venant, comme la petite Thérèse, la grande inspiratrice de votre mère, qui voulait entrer au ciel les mains vides, ayant tout distribué aux plus pauvres. Votre mère Teresa s’est distinguée à cet égard par une espèce d’extravagance, elle a tellement tout donné qu’elle ne sentait plus rien de la joie de son union avec Dieu. Tout était distribué d’en-haut aux plus pauvres d’entre les pauvres, à son insu, se sentant elle-même totalement vide et misérable, comme le Crucifié qu’elle avait épousé. Mystère nuptial de votre mère, dans la nuit de la foi, qu’il ne faut pas copier ni ambitionner, car c’est le secret du Roi de réserver à chacun et chacune sa forme et sa mesure d’amour.
Chères sœurs dans le Christ, chères missionnaires de la charité, votre témoignage nous émeut et nous exhorte à aimer davantage. Priez pour nous, gardez votre joie contagieuse, car c’est la joie qui annonce le Royaume déjà présent parmi nous ici-bas. Notre Eucharistie participe déjà aux noces de l’Agneau que nous célébrerons en plénitude au ciel; nous la célébrons maintenant d’un seul cœur avec Marie Immaculée, Mère de l’Église et notre mère, qui accompagne toujours l’Offrande de son divin Fils et qui nous protège sur la route du Royaume. Notre joie est grande aujourd’hui car l’Époux nous verse en abondance le vin nouveau de l’Esprit à cause de l’offrande merveilleuse de ses épouses. Béni soit-il !
Oh oui, vous êtes majestueuses, en robes brochées d’or, parées de mille couleurs, avançant joyeuses vers le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs! Grâces soient rendues au Père par le Fils de son Amour dans l’Esprit de vérité, à la louange de Gloire de sa grâce. Amen!

